Blogueurs et créateurs de contenus : la FOBAF veut instaurer un cadre éthique et professionnel en Afrique Francophone
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Blogueurs et créateurs de contenus : la FOBAF veut instaurer un cadre éthique et professionnel en Afrique Francophone

À l’ère des réseaux sociaux et de l’information instantanée, les blogueurs et les créateurs de contenus occupent une place de plus en plus importante dans l’écosystème informationnel. Publications Facebook, vidéos TikTok, analyses sur YouTube, podcasts, blogs ou encore contenus diffusés sur WhatsApp : chaque jour, des milliers de Guinéens, comme ailleurs dans le reste du monde, s’informent à travers des plateformes numériques animées par de professionnels mais aussi de nouveaux acteurs de l’information, les blogueurs et les créateurs de contenus.

Ces créateurs de contenus influencent les débats publics, sensibilisent sur des questions sociales, dénoncent certaines injustices, valorisent la culture locale ou participent à la mobilisation citoyenne. Mais cette influence grandissante soulève aussi plusieurs défis : propagation de fausses informations, discours haineux, atteintes à la vie privée, manipulation de l’opinion ou encore harcèlement numérique.

Face à cette réalité, les organisations de blogueurs et de créateurs de contenus d’Afrique francophone tentent progressivement de mettre en place un cadre de référence commun afin de promouvoir un usage plus responsable des médias sociaux.

C’est dans ce contexte que la Fédération des Organisations de Blogueurs de l’Afrique Francophone (FOBAF), sous la supervision de l’Association des Blogueurs pour une Citoyenneté Active (ABCA), en partenariat avec Makcom, dans le cadre de la mise en oeuvre du projet FEF “Information et Démocratie”, a adopté une Charte des médias sociaux et un projet de Statut du blogueur.

En Guinée, cette dynamique est portée à travers un plaidoyer conjoint mené par l’Association des Blogueurs de Guinée (ABLOGUI) et l’Association des Femmes Journalistes et Créatrices de contenus numériques (AFJCN), toutes les deux membres de la FOBAF, pour l’adoption d’un statut légal des blogueurs et des créateurs de contenus numériques dans la législation nationale.

Cette démarche s’inscrit également dans le cadre des activités de vulgarisation de la Charte et du Statut de la FOBAF, à travers des campagnes digitales, des contenus pédagogiques, des affiches web et des vidéos de sensibilisation destinées aux acteurs du numérique. Ainsi, nous vous partageons dans le présent article le contenu de ces deux textes, adopté à l’échelle régionale.

Qui est considéré comme blogueur ou créateur de contenus ?

Selon les textes adoptés par la FOBAF, un blogueur est une personne qui gère un blog, c’est-à-dire une plateforme en ligne, où il publie régulièrement du contenu (articles, photos, vidéos) sur un sujet qui l’intéresse. Cette activité peut être passionnée, informative, de divertissement ou même monétisée par des publicités, des affiliations ou des partenariats rémunérés avec des marques.

Un créateur de contenus numériques est une personne qui produit et diffuse des contenus destinés au public à travers internet et les plateformes numériques. Ces contenus peuvent prendre différentes formes, notamment des vidéos, des publications sur les réseaux sociaux, des photos, des podcasts, des articles, des analyses ou encore des contenus éducatifs, culturels, humoristiques et informatifs. Le créateur de contenus utilise généralement des plateformes comme Facebook, TikTok, YouTube, Instagram ou X pour partager ses productions avec les internautes. Cette activité peut être exercée pour informer, sensibiliser, divertir, promouvoir des produits ou défendre des causes sociales et citoyennes.

Le projet de statut rappelle qu’un blogueur peut être à la fois informateur, éducateur, militant citoyen, influenceur, entrepreneur numérique ou acteur du changement social.

Aujourd’hui, ces acteurs jouent un rôle majeur dans la circulation rapide de l’information et dans la construction de l’opinion publique, particulièrement auprès des jeunes.

Pourquoi un statut légal est-il jugé nécessaire ?

Malgré leur visibilité croissante, les blogueurs et les créateurs de contenus évoluent encore dans un environnement marqué par un important vide juridique en Guinée.

Concrètement, cela signifie qu’un créateur de contenus victime de harcèlement en ligne, un blogueur poursuivi pour une publication ou un vidéaste accusé de diffamation ne disposent pas toujours d’un cadre spécifique définissant clairement leurs droits et leurs responsabilités.

Cette absence de reconnaissance juridique peut entraîner plusieurs dérives : la diffusion de fausses informations, les atteintes à la réputation, les discours haineux, les contenus discriminatoires, les violations de la vie privée ou encore la manipulation de l’opinion publique.

L’objectif du futur statut qui doit être adopté en Guinée ne doit pas être de limiter la liberté d’expression, mais plutôt de créer un cadre équilibré permettant de protéger les blogueurs et les créateurs de contenus, d’encadrer leurs responsabilités, de promouvoir des pratiques professionnelles et éthiques et de mieux protéger les citoyens.

Les principaux droits reconnus aux blogueurs et aux créateurs de contenus…

La liberté d’expression constitue le fondement principal de l’activité numérique. Elle est reconnue par plusieurs textes internationaux, notamment l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et l’article 9 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples.

Les blogueurs et les créateurs de contenus doivent pouvoir commenter l’actualité, analyser des politiques publiques, défendre des causes citoyennes et participer aux débats publics sans intimidation arbitraire.

La Charte de la FOBAF rappelle toutefois que cette liberté doit s’exercer dans le respect des lois, de la dignité humaine et de l’ordre public.

La protection des sources : le projet de statut prévoit également la protection des sources d’information des blogueurs traitant de sujets d’intérêt public. Cette garantie est considérée comme essentielle pour les enquêtes citoyennes, les révélations d’intérêt public et les contenus de dénonciation.

Le droit à la sécurité et à la protection : les menaces, intimidations, campagnes de harcèlement et violences visant les acteurs du numérique sont considérées comme des atteintes graves à la liberté d’expression.

Le texte insiste sur la nécessité pour les autorités publiques de garantir la sécurité physique et les droits fondamentaux des blogueurs et les créateurs de contenus.

Le respect des convictions : les acteurs du numérique doivent pouvoir exercer leurs activités sans discrimination liée à leurs opinions politiques, philosophiques, religieuses ou socioculturelles.

Ils peuvent également refuser toute pression contraire à leurs convictions ou à l’éthique professionnelle.

Les devoirs et responsabilités des blogueurs : les droits accordés aux blogueurs s’accompagnent également de responsabilités importantes envers le public et la société. Il s’agit entre autres de :

  • – Vérifier les informations avant publication
  • – Éviter les discours haineux
  • – Respecter la vie privée et la dignité humaine
  • – Protéger les femmes et les enfants
  • – Être transparent sur les contenus sponsorisés
  • – Modérer les commentaires et contenus publiés
  • – Le droit de réponse et la rectification
  • – L’importance de l’autorégulation.

    Un enjeu majeur pour la démocratie numérique en Guinée

    Dans le contexte guinéen, où les réseaux sociaux influencent fortement l’opinion publique, les blogueurs et les créateurs de contenus sont devenus des acteurs incontournables de la vie démocratique. Le plaidoyer porté par l’ABLOGUI et l’AFJCN, en collaboration avec la FOBAF et l’ABCA, s’inscrit donc dans la volonté de structuration du paysage numérique guinéen.

    À travers cette initiative, les organisations engagées souhaitent contribuer à l’émergence d’un espace numérique plus responsable, plus professionnel, plus inclusif et davantage respectueux des droits humains.

    La reconnaissance d’un statut légal des blogueurs et des créateurs de contenus numériques représenterait ainsi une avancée importante pour la liberté d’expression, la citoyenneté numérique et la consolidation de la démocratie en Guinée et dans l’espace francophone africain.

    Thierno Ciré Diallo, membre de l’ABLOGUI et chargé de communication de la FOBAF

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