Propos haineux et ethnocentriques en Guinée : Moussa Oularé condamné à un an d’emprisonnement ferme malgré ses excuses
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Propos haineux et ethnocentriques en Guinée : Moussa Oularé condamné à un an d’emprisonnement ferme malgré ses excuses

Propos haineux et ethnocentriques en Guinée : Moussa Oularé condamné à un an d’emprisonnement ferme malgré ses excuses

Photo d’illustration – © ldh-france.org

Un jeune Guinéen condamné à un an de prison ferme pour avoir qualifié les Guerzés de « plus bas peuple de Guinée ». C’est le verdict rendu ce lundi 27 avril 2026 par le Tribunal de première instance (TPI) de Dixinn.  Une affaire qui a débuté dans l’anonymat d’une vidéo YouTube avant de provoquer une onde de choc nationale, rouvrant des plaies profondes sur la cohésion sociale en Guinée.

Retour sur les faits…

La vidéo avait d’abord été publiée sur la chaîne Youtube d’un créateur de contenus le 27 mars 2026, cumulant 23 484 vues, 1 200 likes et 221 commentaires à la date du 27 mars. Dans cet enregistrement, on voit un jeune, du nom de Moussa Oularé, conduisant le youtubeur franco-algérien Mehdi Abou dans les rues de Conakry, tenir des propos haineux et discriminatoires à l’endroit d’une ethnie de la Guinée Forestière, les Guerzés. En effet, un citoyen trouvé en bordure de route a demandé à ne pas être filmé, un souhait respecté par le vlogueur mais pas le motard. Cela a suscité une altercation dans laquelle, Moussa a déclaré :  « Lui, je te dis il est de quoi ? C’est un Guerzé, le plus bas peuple de Guinée… »

En parcourant les commentaires, peu de personnes s’offusquaient de ces propos haineux, tenus  entre 22min47s et 23min15s. Mais 4 semaines après la diffusion de la vidéo et tout le tollé qu’elle a suscité, cette séquence a été coupée dans la vidéo youtube, ne gardant que l’échange entre le motard, le créateur de contenu et le citoyen qui ne voulait pas être filmé.

Mais l’extrait diffusé sur Facebook le 20 avril par Loua Daikaana Siméon fait immédiatement réagir. La vidéo comptabilise à la date du 27 avril 707 000 vues, 1 200 commentaires et plus de 2 000 partages. La portée des propos fait immédiatement réagir.

Excuses et réactions publiques à la suite des critiques

Dès le 21 avril, à la suite de l’avalanche de réactions suscitées, Moussa Oularé se confond en excuses, implorant le pardon de ses compatriotes, et rappelant ses origines forestières.

Entretemps, le Conseil Supérieur de la Diaspora Forestière réagit à travers un communiqué, où il condamne avec fermeté ces propos ethnocentriques. Il invite également le Gouvernement guinéen et les autorités judiciaires à prendre toutes les dispositions nécessaires pour que de tels actes ne restent pas impunis et que des mesures dissuasives soient appliquées. Puis, c’est au tour de l’ONG Les Mêmes Droits Pour Tous – MDT de faire une déclaration, dans laquelle elle condamne ces propos, et se réserve le droit  de se constituer partie civile pour que l’auteur réponde de ces actes devant les juridictions compétentes. Des citoyens, choqués par les propos, interpellent également les autorités à agir.

Il a finalement été poursuivi pour incitation à la haine et injures publiques par le biais d’un système informatique devant le Tribunal de première instance de Dixinn. Ce lundi 27 avril, il a été reconnu coupable des faits mis à sa charge et a écopé d’une peine d’un an d’emprisonnement ferme assortie d’une amende de 10 millions de francs guinéens.

Des propos dangereux qui sapent l’unité nationale

Ces propos, bien que tenus « sous l’effet de la colère, sans intention de porter atteinte à la communauté forestière » selon Moussa Oularé à la barre sont dangereux pour la cohésion nationale. Loin d’être de simples propos, elles représentent une atteinte grave à la dignité humaine, et une menace pour l’unité nationale, déjà fortement fragilisée. Elle reflète aussi des tensions communautaires anciennes, particulièrement vives en région forestière. Ce type de discours devrait  être condamné, quel que soit l’ethnie mise en cause.

Cette condamnation marque donc une étape judiciaire dans le traitement des discours de haine en Guinée. Si pendant longtemps les mesures sont restées juste pour la forme, celle-ci rappelle que la loi prévoit des sanctions pour les propos incitant à la discrimination ethnique, quel que soit le support utilisé. Les discours de haine ne sont pas des opinions comme les autres. Ce sont des délits, des violations de la loi.

De la nécessité d’éduquer les citoyens…

Et même si la prise de conscience collective suscitée par cette affaire constitue un signal encourageant, la lutte contre l’ethnocentrisme reste un chantier de long terme en Guinée. Dans les familles, les écoles, les médias et les espaces publics, il devient crucial de rappeler que l’unité nationale ne se décrète pas, elle se protège.  La Guinée étant une nation riche de sa diversité, il faut savoir qu’aucun groupe ethnique n’est supérieur à un autre et qu’aucun citoyen ne mérite d’être humilié à cause de son origine.

Dénoncer donc ces propos haineux lorsqu’ils surgissent est nécessaire ; éduquer les citoyens à les reconnaître et à les rejeter est indispensable, pour faire de la richesse ethnique une force pour la Guinée, au lieu d’être un instrument de division.

Cet article a été rédigé par Mamadou Ciré Barry dans le cadre des activités du Réseau Guinéen contre le Désordre Informationnel (REGUIDI) et des Veilleurs du Web de l’ABLOGUI. Il a été édité et approuvé par Thierno Ciré Diallo.

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